Suite à la soirée-débat: "Les Sourds: citoyens comme les autres ?", voici le témoignage d’une personne sourde qui rencontre de nombreux obstacles dans sa vie professionnelle:

Après l'obtention de mon diplôme de monitrice-éducatrice, je passe des entretiens mais aucun travail à la clé. En 2014, je m’inscris pour la première fois à Pôle Emploi. Je ne peux pas avoir d'interprète donc mon dossier est transféré à CAP Emploi, on ne me laisse pas le choix.
Plus tard, j’apprends que STEUM propose une formation qui m’intéresse. CAP emploi me dit que ce n’est pas la peine car j’ai déjà un diplôme. Je ne trouvais pas de travail, je n’étais pas d’accord, cette formation était un complément intéressant à ma formation initiale. Au dernier moment, CAP emploi valide mon dossier pour accéder à la formation. J’obtiens mon diplôme d’animateur langue sourde en novembre 2016.

J’effectue un service civique au Collectif T’Cap de novembre 2016 à Juin 2017.
Mon expérience en tant que volontaire m’encourage à entrer en formation pour créer une entreprise, créer mon propre emploi, sensibiliser le public à la surdité et à la langue des signes. Mon projet est d’ouvrir un restaurant bilingue LSF/FR.

CAP Emploi pense que la restauration est un projet trop grand pour moi, il me conseille de faire des interventions dans des structures en tant qu’animatrice. J’aimerais juger de moi-même en accédant à la formation de création d’entreprise avant que l’on décide pour moi. C’est décourageant de devoir se battre pour ses droits. Finalement j'intègre un suivi avec la BGE. Le conseiller ne connaît pas le monde de la surdité. Ce n’est pas facile pour nous deux.

En novembre dernier, en allant au salon des entrepreneurs, cela a été le summum de mes inquiétudes en terme d’accessibilité. Avec ma collègue, nous avons réalisé une vidéo expliquant le problème. 5 000 vues sur les réseaux sociaux, et des personnes qui ne sont pas tellement choquées de la situation, c’est habituel.
Extrait de la vidéo : « Le salon des entrepreneurs annonçait que les conférences pouvaient être accessibles. Sur place, pas d'interprète. En guise de justification : “Vous êtes la seule à avoir choisi ces conférences, il n’a pas été jugé nécessaire de les réserver, on s’excuse de ne pas vous avoir prévenues.”»

Nous sommes obligées de mettre le projet en suspens, le temps que je puisse accéder aux ateliers auxquels ma collègue entendante a eu facilement accès. Je me sens en décalage. Nous perdons du temps à nous battre contre les institutions au lieu d’avancer sur le projet.

Le conseiller BGE m’explique petit à petit mais je n’ai toujours pas accès aux ateliers collectifs comme ceux proposés par Pôle Emploi. Je me demande si à Nantes, l'accès à l’emploi, et aux différents services sont aussi difficiles pour les autres personnes sourdes, s’il y a eu déjà des sourds qui ont créé leur propre entreprise. Si oui, comment ont-ils fait ? N’ont-ils pas été découragés devant tant d’obstacles ?