Interview de Dominique, de l’association Ciné-ma Différence. Elle parle des débuts difficiles pour trouver une salle cinéma à Nantes qui soit prête à accepter leurs « conditions ». Ce n’est pas pour autant qu’elle s’est découragée, et ces efforts donnent quelque chose de superbe.  

 

Interview de Dominique LE BERRE :

Peux-tu te présenter et la place que tu occupes au sein de TCAP ?

Je m’appelle Dominique LE BERRE. Je suis coprésidente du collectif T’Cap depuis le début. Je suis entrée comme coprésidente au nom de l’association « un copain comme les autres » une association créée avec d’autres parents. C’est une association qui permet aux jeunes en situation de handicap d’avoir accès à des loisirs sur leurs communes, puisque les jeunes partent le matin dans leurs foyers et reviennent le soir. Ils n’ont donc pas forcément l’occasion de se faire des copains, d’où le nom « un copain comme les autres ».

Comment en es-tu arrivé à « Ciné-ma Différence »?

Nous proposons différentes activités aux jeunes en situation de handicap au canton de La Chapelle sur Erdre, activités manuelles, sportives… Nous avons fait tout ce que l’on pouvait sur notre canton mais ce qui nous manquait, c’était le côté culturel. J’ai entendu parler de ce réseau « Ciné-ma Différence » qui se mettait en place à Paris. J’ai rencontré la personne qui avait l’idée de ce réseau, et mon gros travail ensuite fut de trouver un cinéma sur Nantes qui accepte « nos conditions ». J’ai mis 1 an à trouver un cinéma. C’est grâce à Émilie l’adjointe de direction du Cinéville de St Sébatstien sur Loire, qui a entendu parler de ce réseau sur une radio nationale. Nous avons ensuite été mis en relation toute les 2 et cela fait maintenant 10 ans que l’on fait ces séances spécifiques au Cinéville de St Sébastien sur Loire.

« Ciné-ma Différence » c’est quoi ?

Le 1er rôle :

C’est la permission, l’autorisation que les jeunes en situation de handicap, mais de TOUT handicap, puisse assister à une séance de cinéma avec d’autres personnes valides. Ce ne sont pas des surtout pas des séances réservées aux personnes en situation de handicap. Les séances ont lieu tous les samedi à 14h. Un tarif préférentiel est appliqué car généralement les personnes handicapées viennent accompagnées. Tout le monde profite d’un tarif de 4€ depuis 10 ans (une des salles les moins chères de « Ciné-ma Différence « ). La personne en situation de handicap est bien accueillie depuis le parking, pour les personnes en fauteuil ou les malvoyants, jusqu’à la salle de cinéma par des bénévoles qui sont identifiables par des gilets jaunes. Ils permettent à la personne en situation de handicap d’être accueillie comme il le faut, qu’elle n’aie pas d’appréhension. Ensuite les conditions sont réunies pour que la personne handicapée mentale, autiste, n’ait pas peur lors de la séance. Nous avons un peu de lumière dans la salle, on baisse le volume sonore, et les bénévoles sont présents dans la salle avec des lampes pour sortir s’ils veulent faire une pause pendant la séance de cinéma.

Le 2ème rôle :

C’est de faire comprendre aux personnes valides que la personne en situation de handicap au droit à la culture comme toute personne, et que les séances ne sont pas perturbées. Un rôle de sensibilisation au handicap auprès des personnes valides.

Flyer Ciné-ma différence 10 ans

Comment est-ce que ça fait changer les choses ?

Ça peut faire changer les choses au niveau des personnes handicapées. Moi je donne toujours l’exemple d’une jeune femme qui est venue avec son foyer et qui a mis un quart d’heure à entrer dans la salle de cinéma car rien que le sas, qui est avant la salle et qui pourtant était allumé, lui faisait peur. Elle n’était jamais entrée dans une salle de spectacle. Pour elle, c’était vraiment un pas important, et cette personne vient maintenant sans problème, vient dans la salle, alors que la première fois, elle était restée tout près de la porte parce qu’elle ne savait pas du tout à quoi elle pouvait s’attendre.
Donc c’est aussi ce regard, c’est surtout pour la personne handicapée que ce travail est important.
Ensuite, pour les personnes valides, on remarque que certaines personnes viennent systématiquement. Je donne aussi un joli exemple, c’est une mamie qui est venue avec sa petite fille et plein de ses copains et copines. C’était son cadeau d’anniversaire, d’aller au cinéma, à cette séance-là, de Ciné-Ma Différence, pour que ces filles et ces garçons, de huit ou neuf ans, se rendent compte aussi de ce que c’est, une personne handicapée, et comment on pouvait l’accueillir.
Cette mamie-là vient régulièrement aux séances nous voir. C’est de beaux exemples, on a rarement des remarques ; une fois, un monsieur qui a fait demi-tour car il ne s’attendait pas à voir autant de personnes handicapées d’un seul coup, mais sinon on n’a pas de problème particulier pour ces séances-là.

10 ans, à quel point ça fait plaisir ?

Ça fait plaisir pour les personnes handicapées qui viennent régulièrement parce que les foyers souvent réservent leur samedi après-midi pour les séances de « Ciné-ma Différence » donc ça nous réjouit, il y a toujours de nouveaux foyers. Ce qu’on a pu remarquer aussi c’est que des foyers de personnes âgées apprécient aussi d’être bien accueillis. Ce qui est étonnant aussi, c’est à double face, c’est que les spectateurs viennent et nous font entièrement confiance, et ne regarde parfois même pas ce qu’ils vont venir voir. Ils viennent parce qu’ils savent que ça se passe toujours bien.
Le cinéma est également gagnant car des personnes handicapées viennent maintenant toutes seules. C’est là où nous avons un rôle important et on a gagné quelque chose c’est qu’elles voient l’adjointe et lui disent « on sait que ce n’est pas une séance de ciné-ma différence mais on sait qu’on sera bien accueillis donc on vient au Cinéville ». Donc ça aussi c’est ce qu’on veut, que Ciné-ma Différence disparaisse. Que toute les salles de cinémas, ou de spectacles forment toute les personnes à l’accueil. Nous retrouvons là un rôle de T’Cap.

Qu’est-ce que ça deviendra dans 10 ans ?

Dans 10 ans j’espère qu’il n’y en aura plus (rires). Là c’est un rêve, c’est sûr. Ce qu’on aimerait bien c’est encourager les salles de spectacles, pour qu’il y ait aussi des pièces de théâtre qui soient faites dans les mêmes conditions. On retrouve encore là le rôle de T’Cap. Ça commence à Paris. À Nantes nous avons la chance d’avoir ce réseau T’Cap, d’avoir des associations qui peuvent aussi former les personnes des spectacles. Il faut voir ensemble ce que l’on peut faire pour accueillir au mieux toutes ces personnes handicapées quel que soit le handicap, quel que soit la structure d’accueil, quel que soient les spectacles. Que les personnes en situation de handicap aient le droit à la culture comme tout le monde, comme toutes les personnes valides.